La taille mécanique

C’est vers 2004 que nous avons commencé à nous intéresser à la mécanisation de la taille. L’objectif était alors de répondre à la production de la gamme Plume (partiellement désalcoolisée à 9% vol.). Pour ce vin de soif lancé à la reconquête des tables, il fallait un prix raisonnable : la maitrise des coûts de production était donc indispensable. De ce fait, nous nous sommes intéressés à la taille des vignes qui est notre principale charge de production. En effet, une journée sur deux des ouvriers agricole y est consacrée.
Les visites du domaine de Patrick Henry près d’Arles et des essais du Pr Intieri près de Bologne en Italie nous ont convaincu de nous lancer dans l’aventure. Au fils de nos lectures, de nos essais, de visites dans divers vignobles du monde et de discussions avec nos collègues, nous avons élaboré une approche différente de la conduite de la vigne.

Réflexion sur les systèmes de taille actuels

Petit rappel historique : Le sécateur est inventé vers 1815. Il y eut des manifestations à Béziers en 1840 contre sa propagation. Le Pr Guyot, concepteur de la taille qui porte son nom, est mort en 1870.
On constate par ces rappels que la vigne n’a pas toujours était taillée comme on le connait aujourd’hui. Tous les modes de taille actuels ont été créés au 19éme siècle : ceci n’est pas si vieux. Il est intéressant de se replonger dans les bouquins de Guyot qui sont facilement accessibles dans les bonnes médiathèques pour comprendre les motivations de l’époque. On redécouvre rapidement que ce fut un siècle d’industrialisation où l’on cherchait dans tous les secteurs, y compris en agriculture, à rationnaliser la production. La taille en hiver avait pour but d’organiser des zones fructifères avec de grosses grappes accessibles pour gagner du temps à la récolte, période problématique de la production viticole. Avec la mécanisation de la récolte, on pouvait envisager la zone fructifère différemment. La taille mécanique constitue en fait une évolution logique de la récolte mécanique.
Pour répondre aux viticulteurs qui s’interrogent sur la pérennité de ce type de vignoble, on peut citer également le Professeur Ravaz qui n’a pas taillé une souche pendant plus de 27 ans et n’a constaté aucune dégénérescence ou baisse de production.
A la lecture de ces illustres chercheurs, à la vue des expériences menées un peu partout en France et à l’étranger et compte tenu de nos propres résultats, nous avons développé notre propre concept.

La Conduite en buisson naturel.

Nous préférons parler de « Conduite en buisson naturel» plutôt que de taille mécanique. Parler de taille réduit la vision à la seule opération hivernale, alors que cette modification d’architecture de la plante entraîne des modifications sur l’ensemble des travaux (taille, écimage, épamprage, récolte), sur le choix du végétal (clone, P-G) et sur l’alimentation. L’objectif de ce mode de conduite est de laisser à la plante la possibilité de bien intégrer la fertilité du sol. On laisse alors en hiver plus de bourgeons qu’elle ne peut en porter : c’est elle qui décide de ce qu’elle va débourrer. Ainsi en condition fertile, la vigne aura une forte expression végétative (grand nombre de rameaux) mais une faible vigueur (sarment de faible section). C’est ce port buissonnant qui est recherché. Lorsqu’il est atteint, au bout de 2 à 3 ans, la vigne est très proche de son port naturel et fourni une récolte qualitative (petite grappe homogène). Voilà pourquoi il est plus juste de parler de conduite en buisson naturel et non de taille mécanique, qui a quelques connotations industrielles alors qu’au regard de l’histoire, c’est la taille traditionnelle qui est un héritage industriel.

Itinéraire technique

Côté itinéraire technique, sur vignes bien établies, ce sont seulement 3 à 4 heures de travail par hectare : un seul passage à 2 km/h de la machine à tailler, semblable à un taille haie, suffit, les sarments coupés étant ensuite broyés au sol. Les premières années, il peut être nécessaire de faire de la repasse manuelle. Ensuite, on pratique juste un épamprage au printemps pour éliminer les départs du pied. Au fur et à mesure de la croissance de la végétation, la vigne arbore alors un port buissonnant. Un premier écimage est réalisé dans les 15 jours précédant la floraison. Ces travaux en vert sont très importants car ils déterminent la qualité de la récolte et les temps de travaux de l’hiver suivant. Au départ, la vigne pousse droit, les grappes en position haute sont cachées sous les feuilles puis les rameaux s’abaissent et plus on avance en maturité, plus les grappes se trouvent exposées au soleil. Il ne faut surtout pas palisser les rameaux. Leur grand nombre entraînerait un fort entassement si on voulait les relever. Au contraire, si on les laisse retomber comme c’était le cas sur les gobelets, on arrive fin juin à avoir le feuillage qui couvre tout le sol et exploite à toute heure de la journée l’ensoleillement au maximum. La zone fructifère est ainsi plus aérée, cela limite considérablement les problèmes sanitaires, la vigueur plus faible des rameaux et l’écimage précoce évite la casse au vent. Il semble également que ce type de port soit moins consommateur d’eau : nos vignes en buisson naturel ne sont pas irriguées contrairement aux autres.

L’avenir de ces systèmes

La taille mécanique pour des vins d’entrée de gamme remplit parfaitement son office. On peut se demander si demain avec ce système, on pourra produire des vins haut de gamme. Il y a encore beaucoup d’inconnues : quels clones utiliser ? Quels porte-greffes ? Faudra-t-il revoir les traitements, le profil d’alimentation ? Mais pour l’instant, tous les feux sont au vert... On constate une meilleure résistance aux maladies et une moindre consommation d’eau d’irrigation alors que les rendements sont plus élevés. Un mode de conduite qui peut répondre aux défis environnementaux. Une sacrée remise en cause !
Une aventure fabuleuse et pleine d’espoir pour la viticulture...

 
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